La fiscalité immobilière locative se lit comme une carte, pas comme un traité complet. Chaque régime répond à une logique propre : pourquoi il existe, quand il s'applique, ce qu'il faut vérifier. Le détail de tous les seuils, tous les cas particuliers et tous les calculs n'est volontairement pas couvert ici. Les sujets à fort enjeu (choix micro-BIC ou réel, plus-value immobilière) feront l'objet de guides spécialisés à venir.
L'objectif est de vous permettre de poser les bonnes questions avant de choisir un régime. Il n'est jamais de vous indiquer combien vous paierez d'impôt.
Méthode, références et limites de cette analyse
Méthode d'analyse
Les règles juridiques et fiscales citées proviennent d'une lecture directe des textes en vigueur sur Légifrance à la date de vérification. La carte générale qui en résulte présente chaque régime dans sa logique de choix, pas dans son détail chiffré complet. Les seuils et paliers non indispensables à la compréhension sont volontairement omis et renvoyés à de futurs guides spécialisés (LMNP micro-BIC ou réel, plus-value immobilière).
Références
Légifrance
Article 32 du Code général des impôtsConsulté le 25 juillet 2026
Régime micro-foncier : seuil de 15 000 €/an de revenus fonciers bruts, abattement forfaitaire de 30 %, aucun déficit constatable sous ce régime.
Légifrance
Article 50-0 du Code général des impôtsConsulté le 25 juillet 2026
Régime micro-BIC de la location meublée, seuils distincts selon meublé classique ou meublé de tourisme classé/non classé.
Légifrance
Article 155, IV du Code général des impôtsConsulté le 25 juillet 2026
Version en vigueur depuis le 21 février 2026 (modifiée par la loi n° 2026-103 du 19 février 2026, qui a abrogé l'ancienne rédaction du 1°). Statut de loueur en meublé professionnel : deux conditions cumulatives inchangées, à savoir des recettes annuelles du foyer fiscal supérieures à 23 000 € ET supérieures aux autres revenus professionnels du foyer (traitements et salaires, BIC hors location meublée, bénéfices agricoles, bénéfices non commerciaux, revenus des gérants et associés de l'article 62). Statut automatique, pas un choix.
Légifrance
Article 156, I du Code général des impôtsConsulté le 25 juillet 2026
3° du I : déficit foncier imputable sur le revenu global dans la limite ordinaire de 10 700 €/an (plafonds particuliers non détaillés ici). 1° ter du I : déficits de la location meublée non professionnelle, imputables exclusivement sur des revenus de même nature, jamais sur le revenu global.
Légifrance
Article 150 U, II, 1° du Code général des impôtsConsulté le 25 juillet 2026
Exonération de plus-value pour la cession de la résidence principale : totale et automatique, sans condition de durée de détention.
Légifrance
Article 150 VB, III du Code général des impôtsConsulté le 25 juillet 2026
Version en vigueur depuis le 21 février 2026. Paragraphe III créé par l'article 84 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025 (texte de création de la réforme), applicable aux cessions à compter du 15 février 2025 : le prix d'acquisition retenu pour le calcul de la plus-value est minoré des amortissements admis en déduction en application des i et j du 1° du I de l'article 31, ou de l'article 39 C, sauf ceux déjà pris en compte comme dépense pour l'impôt sur le revenu au titre du 4° du II du même article (évite un double ajustement avec la majoration pour travaux). Exclusion pour les biens situés en résidences étudiantes, pour personnes âgées ou handicapées, ou en établissements de soins de longue durée.
Légifrance
Article 964 du Code général des impôtsConsulté le 25 juillet 2026
IFI : seuil d'assujettissement de 1,3 M€ de patrimoine immobilier net taxable au 1er janvier, inchangé en 2026.
Légifrance
Article 1447 du Code général des impôtsConsulté le 25 juillet 2026
La location ou sous-location de locaux meublés est réputée exercée à titre professionnel pour la CFE, y compris lorsque le bailleur reste LMNP pour l'impôt sur le revenu (deux qualifications distinctes, l'une pour la CFE, l'autre pour l'IR).
Légifrance
Article 1459 du Code général des impôtsConsulté le 25 juillet 2026
Exonérations spécifiques de CFE : location accidentelle sans caractère périodique, location ou sous-location de pièces meublées de la résidence principale du bailleur à un locataire qui en fait sa résidence principale à prix raisonnable, meublés de tourisme classés (sauf délibération communale contraire). Ne constitue pas une exonération générale de la location meublée.
Légifrance
Article 1478 du Code général des impôtsConsulté le 25 juillet 2026
Création d'établissement : pas de CFE l'année de création, base réduite de moitié pour la première année d'imposition suivant la création. Distinct de toute exonération particulière, qui reste soumise à délibération communale.
BOFiP
BIC — Champ d’application et régime fiscal des locations meubléesConsulté le 25 juillet 2026
economie.gouv.fr
Loc’Avantages : louez abordable et bénéficiez d’une réduction d’impôtConsulté le 25 juillet 2026
Confirme la prorogation de Loc'Avantages jusqu'au 31 décembre 2027 (art. 88 de la loi de finances pour 2025), non cumulable avec Denormandie sur un même logement.
ANIL
Fiscalité de la locationConsulté le 25 juillet 2026
Limites de cette analyse
Aucun calcul d'impôt n'est produit ici, et l'intégralité des régimes fiscaux immobiliers n'est pas couverte : le barème complet de l'abattement pour durée de détention, le calcul détaillé des amortissements, les conséquences sociales complètes du statut LMP, les cas complexes de SCI à l'IS, et les dispositifs Malraux ou monuments historiques (non vérifiés dans ce lot) en sont volontairement exclus. Les seuils cités (LMP, IFI) sont ceux en vigueur à la date de vérification et doivent être reconfirmés à chaque loi de finances.
Avertissement
La fiscalité immobilière est présentée ici sous forme de carte générale, pas de conseil fiscal ou juridique individualisé. La fiscalité applicable dépend de la situation propre du contribuable, du bien et du montage retenu, et les règles évoluent à chaque loi de finances. Un choix fiscal peut avoir des conséquences juridiques, sociales et patrimoniales durables : dès que les montants ou les structures deviennent significatifs, vérifiez les textes en vigueur et consultez un professionnel. AethelRock n'est ni expert-comptable, ni avocat fiscaliste, ni notaire, ne garantit aucun montant d'impôt et n'est pas un outil de déclaration fiscale.
Pourquoi les revenus immobiliers deviennent imposables
Un loyer encaissé n'est jamais directement imposé. Une chaîne de qualifications s'applique avant tout calcul :
- un revenu est perçu, ou une plus-value est réalisée à la revente ;
- ce revenu reçoit une qualification fiscale (revenu foncier ou bénéfice industriel et commercial) ;
- un régime s'applique ou est choisi (micro ou réel) ;
- une base imposable est déterminée, après déductions, abattements ou amortissements éventuels ;
- l'impôt sur le revenu (ou l'impôt sur les sociétés selon la structure de détention) s'applique à cette base ;
- des prélèvements sociaux, voire des cotisations sociales selon les cas, s'y ajoutent ;
- une fiscalité distincte s'applique lors de la cession du bien.
Confondre l'une de ces étapes avec une autre est la source de la plupart des erreurs de lecture fiscale : croire, par exemple, que l'impôt se calcule directement sur le loyer brut. Cette chaîne s'explique étape par étape, pour chaque situation, sans qu'aucun calcul personnalisé n'en découle.
La carte mentale de la fiscalité immobilière
Avant d'entrer dans le détail des régimes, ce schéma résume les questions à se poser, dans l'ordre. Il n'est pas un diagnostic personnalisé, seulement un fil conducteur.
J'achète un bien → Comment est-il exploité ? → Qui le détient ? → Quel régime s'applique ? → Quelle base est imposable ? → Quelle imposition pendant la détention ? → Quelle fiscalité lors de la cession ?
Exploitation
- Location nue
- Location meublée
- Absence de location
- Résidence principale (pour la cession)
Détention
- Personne physique
- Indivision
- SCI à l'IR
- SCI à l'IS
Régime
- Micro (foncier ou BIC)
- Réel
- LMNP ou LMP si meublé
Temporalité
- Fiscalité des revenus
- Fiscalité de la détention
- Fiscalité de la cession
Première décision : location nue ou meublée
Ce choix d'exploitation détermine la catégorie fiscale, pas l'inverse : la location nue relève des revenus fonciers, la location meublée relève des bénéfices industriels et commerciaux (BIC). Ce n'est ni un choix fiscal en soi, ni lié à l'âge du bien (voir investir dans le neuf ou dans l'ancien pour cette distinction) : un logement neuf peut être loué meublé, un logement ancien peut être loué nu. C'est la nature de l'exploitation qui fixe la catégorie fiscale.
Location nue : micro-foncier, réel et déficit foncier
Sous le seuil de 15 000 € de revenus fonciers bruts par an, le régime micro-fonciers'applique par défaut (article 32 du CGI) : un abattement forfaitaire de 30 % couvre l'ensemble des charges, sans qu'aucun déficit ne puisse être constaté.
Le régime réel (obligatoire au-delà du seuil, ou sur option en deçà) permet de déduire les charges réellement supportées. Lorsque ces charges dépassent les revenus, un déficit foncierpeut apparaître (article 156, I, 3° du CGI) : il s'impute sur le revenu global dans une limite ordinaire, sous condition de poursuivre la location plusieurs années. Le détail des plafonds particuliers et du mécanisme complet fera l'objet d'un futur guide dédié.
Location meublée : micro-BIC, réel, LMNP et LMP
La location meublée relève du régime micro-BIC(article 50-0 du CGI, seuils et abattements distincts selon qu'il s'agit d'un meublé classique ou d'un meublé de tourisme classé ou non classé) ou du régime réel (charges et amortissements réels).
Le statut de loueur en meublé professionnel (LMP) ou non professionnel (LMNP) n'est pas un choix. Il résulte automatiquement de deux conditions cumulatives (article 155, IV du CGI) : des recettes annuelles du foyer fiscal supérieures à 23 000 €, etsupérieures aux autres revenus professionnels du foyer. Dès que ces deux seuils sont dépassés, le statut LMP s'applique de plein droit, quelle que soit la volonté du bailleur.
Les déficits de la location meublée non professionnelle s'imputent exclusivement sur des revenus de même nature les années suivantes, jamais sur le revenu global (voir la distinction déjà posée dans investir dans le neuf ou dans l'ancien). Les conséquences sociales complètes du statut LMP ne sont pas détaillées ici.
Charges déductibles et amortissements : deux mécanismes distincts
Une charge déductibleest une dépense réellement engagée sur l'année (travaux, intérêts, assurance, gestion). Un amortissement est une écriture comptable qui répartit la valeur du bien ou du mobilier sur plusieurs années, propre au régime réel de la location meublée. Il n'existe pas en location nue. Confondre les deux conduit à surestimer la déduction possible en foncier, ou à ignorer que l'amortissement en meublé a une contrepartie à la revente (voir la section suivante).
Fiscalité à la revente et réforme LMNP de 2025
La cession d'un bien immobilier détenu en direct relève du régime des plus-values immobilières des particuliers. La résidence principale bénéficie d'une exonération totale et automatique, sans condition de durée (article 150 U, II, 1° du CGI). Pour les autres biens, un abattement pour durée de détention réduit progressivement la plus-value imposable, mais son barème complet n'est pas détaillé ici.
Depuis la réforme applicable aux cessions concernées à compter du 15 février 2025(article 84 de la loi n° 2025-127, créant le III de l'article 150 VB du CGI), certains amortissements déduits en location meublée non professionnelle minorent le prix d'acquisition retenu pour calculer la plus-value. Cette règle peut augmenter la plus-value imposable et doit être vérifiée selon le bien : des exceptions existent notamment pour les logements en résidences étudiantes, pour personnes âgées ou handicapées, ou en établissements de soins de longue durée. Elle renverse une idée reçue répandue, celle d'une plus-value LMNP quasi nette d'impôt, désormais fausse dans le cas général.
Détention directe, indivision, SCI à l'IR et SCI à l'IS
La détention directe ou en indivision applique le régime fiscal du propriétaire personne physique. Une SCI à l'IR reste fiscalement transparente : les revenus sont imposés directement chez les associés, selon les mêmes règles que la détention directe. Une SCI à l'ISapplique un régime totalement différent (impôt sur les sociétés, amortissements possibles, mais fiscalité de sortie des bénéfices distincte). C'est un changement de structure aux conséquences durables, à ne jamais choisir sans en mesurer l'ensemble des effets. Les cas complexes de SCI à l'IS ne sont pas développés ici. Une autre voie d'exposition à l'immobilier locatif existe sans détenir de bien identifié : voir SCPI ou immobilier locatif directpour l'arbitrage entre les deux, notamment sur l'accès (ou non) au micro-foncier, au régime réel et au LMNP.
Les autres couches fiscales à identifier
Trois autres prélèvements sont souvent oubliés d'un calcul de rentabilité. Ils ne sont pas de même nature et ne doivent jamais être traités comme trois taxes équivalentes :
- Patrimoine (IFI): impôt sur la fortune immobilière, dû par les personnes physiques dont le patrimoine immobilier net taxable dépasse 1,3 M€ au 1er janvier (article 964 du CGI). Ce seuil s'apprécie globalement au niveau du foyer, pas bien par bien.
- Activité (CFE) : la location meublée est réputée exercée à titre professionnel pour la cotisation foncière des entreprises (article 1447 du CGI), même lorsque le bailleur reste LMNP pour l'impôt sur le revenu. Ce sont deux qualifications distinctes. Des exonérations existent selon l'usage du logement et les recettes (article 1459 du CGI : location accidentelle, chambre meublée de la résidence principale du bailleur louée à un locataire qui en fait sa résidence principale, meublé de tourisme classé), sans constituer pour autant une exonération générale. En cas de création d'activité, aucune CFE n'est due l'année de création, et la base est réduite de moitié la première année d'imposition suivante (article 1478 du CGI).
- Revenus et cession (prélèvements sociaux): s'ajoutent à l'impôt sur le revenu sur les revenus fonciers et BIC, et à la plus-value de cession, avec un régime social distinct selon que le bailleur relève de la LMNP ou du LMP. Les cotisations sociales du LMP ne sont pas détaillées ici.
Dispositifs incitatifs en vigueur et terminés
Avant tout dispositif, une distinction s'impose. Cinq mécanismes différents sont régulièrement confondus alors qu'ils ne sont jamais interchangeables :
- une réduction d'impôtdiminue l'impôt dû directement ;
- une déduction ou un abattementdiminuent la base imposable avant calcul de l'impôt ;
- un amortissement répartit une charge dans le temps ;
- un déficit imputableréduit un revenu d'une autre catégorie sous conditions ;
- un crédit d'impôtpeut donner lieu à restitution même en l'absence d'impôt dû.
Le dispositif Pinelest terminé : il n'accepte plus de nouveaux engagements, cité ici uniquement pour mémoire. Denormandie et Loc'Avantagesrestent en vigueur (prorogés jusqu'au 31 décembre 2027), sans être cumulables entre eux sur un même logement. Leurs conditions précises ne sont pas détaillées ici. Malraux et les monuments historiquessont des dispositifs spécialisés, non développés faute de vérification directe dans ce lot. Aucun classement du "meilleur" dispositif n'est proposé : chacun répond à une situation différente.
Erreurs fiscales fréquentes
- Croire que l’impôt se calcule directement sur le loyer encaissé.
- Confondre charge déductible et amortissement, notamment en location meublée.
- Penser que le statut LMP est un choix, alors qu’il résulte automatiquement de deux seuils légaux.
- Croire que la plus-value LMNP reste quasi nette d’impôt depuis la réforme de 2025.
- Choisir une SCI à l’IS pour « optimiser », sans en mesurer les conséquences de sortie.
- Ignorer la CFE parce que le bailleur reste LMNP pour l’impôt sur le revenu.
- Comparer deux régimes fiscaux sans comparer la cohérence globale de l’opération.
Méthode de décision et limites AethelRock
Un régime fiscal ne transforme pas une mauvaise opération en bon investissement. Il modifie la façon dont ses revenus, ses charges et sa revente sont imposés. Le choix doit rester cohérent avec le bien, le mode de location, la durée de détention, le financement et les objectifs patrimoniaux, et jamais retenu pour la seule réduction d'impôt qu'il promet.
Quelques rappels utiles avant tout arbitrage :
- une réduction d'impôt n'est pas une rentabilité ;
- une économie fiscale n'est pas une création de valeur ;
- une fiscalité faible pendant la détention peut devenir une fiscalité lourde à la revente (voir la réforme LMNP ci-dessus) ;
- le régime réel n'est pas automatiquement meilleur que le micro ;
- une SCI à l'IS n'est pas une optimisation universelle ;
- le statut LMNP n'est pas un choix réduit à la seule opportunité d'amortir ;
- le statut LMP n'est pas une structure juridique.
Rien ici ne remplace une simulation chiffrée sur votre situation réelle, ni un conseil fiscal individualisé. Pour situer votre propre capacité et vos objectifs, voir le simulateur de patrimoine.
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